Plantation et coopérative.
Mahomby ne possède aucune plantation. Pas un are. Nous achetons, nous transformons, nous expédions. Le sol et la liane appartiennent à quatre-vingt-douze familles réparties sur quatre villages de la SAVA. Cette décision, prise il y a quinze ans, n’est pas idéologique : elle est pragmatique.
Pourquoi nous n’avons pas de plantation.
La vanille demande trois années avant de produire. Quinze à vingt ans pour qu’une liane atteigne son rendement optimal. C’est un horizon impossible à industrialiser sans tricher.
Posséder une plantation aurait imposé une logique de rendement : raccourcir le cycle, forcer la pollinisation, sur-doser les engrais. C’est ce que font certaines exploitations industrielles ailleurs dans le monde. Nous avons choisi la voie inverse.
En 2011, à la création de Mahomby Export, nous avons fait un choix fondateur : ne jamais acheter de terre. Travailler exclusivement avec des planteurs déjà installés, sur des parcelles familiales tenues depuis deux ou trois générations. Cette décision a un coût : nous payons les gousses 5 à 8 % au-dessus du cours du marché, nous renonçons aux marges de l’intégration verticale. Elle a aussi une vertu : nous ne sommes jamais en concurrence avec nos fournisseurs.
Concrètement, cela donne un fonctionnement de coopérative étendue. Quatre villages — Marojejy, Andapa, Antalaha, Sambava — chacun avec son comité élu, ses règles internes, son rythme. Nous achetons à la coopérative, jamais directement aux familles. C’est elle qui négocie le prix, qui répartit les volumes, qui sanctionne les fraudes. Notre rôle se limite à fournir un débouché stable et à payer dans les sept jours suivant la pesée.
Ce modèle n’a rien d’original — il existe depuis longtemps dans le café d’Éthiopie ou le cacao d’Équateur. Il reste rare dans la vanille, où la pression sur les marges industrielles pousse historiquement à l’intégration. Nous parions qu’il est plus résilient.
Quatre villages, quatre micro-climats.
Des coopératives séparées par 80 km mais qui produisent des profils aromatiques distincts. L’altitude et l’orientation expliquent presque tout.
Andapa
470 mAntalaha
120 mSambava
15 mMarojejy, à 380 mètres d’altitude au pied du parc national éponyme, donne des gousses dont le bouquet se rapproche du tabac et du fruit sec. Andapa, plus haut encore (470 m), produit des profils plus floraux, presque chocolatés sur certaines parcelles. Antalaha et Sambava, en bord de mer, ont une vanille plus iodée, plus directe — c’est sur ces deux villages que nous prenons les gousses destinées aux extraits, où la subtilité aromatique compte moins que la richesse en vanilline.
Pourquoi nous payons plus cher.
Cinq à huit pour cent au-dessus du marché. Ce n’est pas de la philanthropie — c’est ce qui garantit qu’on nous garde les meilleures gousses.
Le prix de la vanille verte est fixé chaque semaine, à Sambava, sur la base d’une cotation négociée entre les exportateurs et les coopératives. Il fluctue énormément : entre 2017 et 2019, il a été multiplié par dix avant de retomber. Mahomby paie un peu au-dessus de cette cotation hebdomadaire, et nous nous engageons sur des volumes annuels.
Le mécanisme est simple. Nous garantissons à chaque coopérative un volume minimum acheté sur trois ans. En contrepartie, elles nous gardent leurs lots de premier choix avant la cotation publique. C’est un contrat moral autant que commercial : il tient parce qu’il s’est tenu pendant la crise de 2018, quand le prix s’est effondré et que beaucoup d’exportateurs ont déserté la SAVA.
« Quand le prix s’est effondré en 2018, ils ont continué à acheter au tarif d’avant. C’est ce qu’on n’oublie pas. »
Ce qu’on apprend, ce qu’on transmet.
La pollinisation manuelle se transmet depuis 1841. La technique n’a pas changé. Le contexte, si.
Chaque année, deux fois par an, nous co-finançons avec les coopératives une session de formation continue de trois jours, animée par un agronome de l’INRA-Madagascar. Les sujets changent : tutorat des jeunes lianes, prévention des maladies fongiques, techniques de pollinisation pour augmenter le taux de réussite, gestion de l’ombrage.
Nous documentons aussi les bonnes pratiques de chaque coopérative dans un carnet partagé. C’est dérisoire — quelques pages photocopiées — mais c’est ce qui permet à un planteur d’Andapa d’apprendre une astuce de Marojejy.
Sur la pollinisation manuelle, nous avons aussi formé une cinquantaine de jeunes femmes ces cinq dernières années — c’est presque toujours un travail féminin, et il se transmet de mère en fille. Nous payons la formation, les coopératives organisent. Le geste se perfectionne avec l’expérience : la pointe de bambou doit déchirer la membrane qui sépare l’étamine du pistil, sans toucher l’ovaire. Quelques millimètres de marge.
Une bonne pollinisatrice traite environ 1 200 fleurs par jour. Nos meilleures montent à 1 800. Sur onze semaines de campagne, ça fait la différence entre une récolte correcte et une excellente récolte.
Visiter une coopérative.
Pour les pros engagés sur 25 kg+, nous organisons des visites de planteurs sur place — hors saison cyclonique. Réponse sous 48 h.
Questions fréquentes.
Pourquoi ne possédez-vous pas de plantation ?
Posséder une plantation impose une logique de rendement industriel difficilement compatible avec un cycle de production de 9 mois et une liane qui produit pendant 15-20 ans. Nous avons choisi de soutenir des planteurs déjà installés sur des parcelles familiales — c’est plus résilient et ça aligne nos intérêts avec les leurs.
Combien de familles travaillent avec Mahomby ?
Quatre-vingt-douze familles réparties sur quatre villages : 24 à Marojejy, 31 à Andapa, 19 à Antalaha et 18 à Sambava. Le nombre est volontairement stable — nous préférons approfondir les relations existantes plutôt qu’élargir le réseau.
Le prix payé est-il transparent ?
Oui. Pour les commandes B2B au-delà de 25 kg, nous fournissons sur demande la cotation Sambava de la semaine de récolte et le prix précis payé à la coopérative — avec un écart toujours positif de 5 à 8 %. C’est un argument de différenciation pour les chefs qui communiquent sur leur sourcing.
Pouvez-vous tracer une gousse jusqu’au village ?
Toujours jusqu’au village, parfois jusqu’à la liane individuelle pour les lots premium. Chaque caisse expédiée porte un numéro de lot qui renvoie à un registre interne : coopérative, semaine de récolte, taux de vanilline mesuré, durée d’affinage. La traçabilité complète est fournie sur demande pour toute commande professionnelle.